Chenonceau
ou le château de ces dames, voilà comment on pourrait nommer
ce ravissant domaine, véritable chef d'oeuvre de la Renaissance,
une construction" haute couture'' avec son entrée majestueuse
et sa grande galerie, qui telle une traîne, s'allonge avec grâce
sur les eaux du Cher.
Le château de Chenonceau fut construit entre
1513 et 1521 par Thomas Bohier qui était Intendant Général
des Finances du Roi Louis XII, beau cadeau qu'il fait là à
son épouse Katherine Briçonnet. Ils sont Les Bâtisseurs
de Chenonceau et leurs armes se retrouvent encore sur certaines portes
ou cheminées du château. Leur devise est d'ailleurs toujours
présente, gravée sur la porte de la salle des gardes :
" si je parviens à construire Chenonceau, on se souviendra
de moi ''. Et bien, le XXème siècle se souvient, et chacun
leur rend hommage en visitant ce splendide château.
Après
les Bohier, le château deviendra la propriété de
la couronne avec François Ier. Il sera ensuite offert par son
fils Henri II à sa favorite, la célèbre Diane de
Poitiers qui aménagera sur la rive droite du Cher un jardin qui
porte encore son nom. Puis tout le monde connaît l'histoire. Au
décès prématuré du roi Henri II, son épouse,
Catherine de Médicis demande à sa rivale, de restituer
Chenonceau. Elle construira alors la célèbre galerie qui
rend ce château si magique. On dit qu'en tant que Florentine,
elle se serait inspirée du Ponte Vecchio, qui sait... cette reine
apporta beaucoup à la France avec l'art, le raffinement et le
savoir vivre à l'italienne et avec Chenonceau, elle apportera
une touche d'originalité. Avec le jardin qu'elle aménage
à son tour elle fait de Chenonceau l'un des plus beaux châteaux
de La Loire. haut de page
Que
de Reines se succédèrent ensuite, la reine Margot, Marie-Stuart
ou encore Louise de Lorraine qui après l'assassinat d'Henri II
se retirera à Chenonceau dont elle fera un monde de prière.
Mais Gabrielle d'Estrées, favorite d'Henri IV ramènera
gaieté et joie de vivre à Chenonceau. Puis le château
après les fastes royaux redeviendra privé, comme à
son origine, avec Louise Dupin au XVIII, sa bonté et sa grande
générosité feront que lors de la révolution,
Chenonceau sera épargné et qu'aujourd'hui, grâce
à toutes ces femmes, le château de Chenonceau provoque
toujours l'admiration. Alors, si vous ne connaissez pas ce merveilleux
endroit, laissez nous vous le conter encore et passez avec nous les
portes de l'élégance.
haut de page
Une
fois les grilles franchies et traversé la longue allée
de chênes nous nous retrouvons dans l'avant-cour du château
ou subsiste encore la tour Marques seul vestige du château médiéval
et que le couple Bohier mettra au goût Renaissance. Chenonceau
nous offre déjà là, une vue admirable. Mais entrons
dans le château par la monumentale porte, d'époque François
Ier et commençons notre visite avec la salle des
gardes, comme son nom nous l'indique,
se tenaient dans cette pièce, les hommes qui étaient chargés
de la protection
du Roi. Sur les murs nous avons plusieurs tapisseries des Flandres du
XVI et de nombreux coffres gothiques et Renaissance. Au sol on peut
encore voir par endroit, les vestiges d'une majolique du XVIème,
quant au plafond à solives apparentes, il est magnifique. Par
cette salle on atteint la chapelle, dommage
qu'un bombardement en 44 détruisit les vitraux. Ce que l'on peut
voir aujourd'hui datent de 1954, mais la petite chapelle a néanmoins
beaucoup de charme avec sa loggia et une vierge à l'enfant de
Mino da Fiesole, en marbre de Carrare et ses peintures religieuses.
Sur les murs, nous pourrons aussi lire des
inscriptions laissées par les gardes écossais de Marie-Stuart
datant de 1543 et 1546. Mais
ressortons, pour nous diriger vers la chambre de Diane de
Poitiers, favorite du roi Henri II et comme nous l'avons
dit rivale de Catherine de Medicis. La chambre est élégante
avec son lit à baldaquin, ses fauteuils en cuir de Cordoue, ses
tapisseries des Flandres immenses, ses peintures, dont un Murillo, et
sa cheminée magnifiquement ouvragée que l'on doit au sculpteur
Jean Goujon. La pièce suivante dite cabinet vert,
était le cabinet de travail de la régente Catherine de
Medicis. On dit qu'elle gouvernera la France de cette endroit. La pièce
expose une tapisserie de Bruxelles du XVIème siècle,
dite "à l'Aristoloche'' dont le thème est la découverte
des Amériques, y sont tissées une faune et une flore qui
étaient inconnues à l'époque en Europe. Il ne faut
pas manquer les deux cabinets italiens de la même époque
et les peintures, nombreuses ici, avec notamment un Véronèse
un Tintoret ou encore un Van Dyck pour ne citer qu'eux. De là,
on peut accéder à la librairie
avec un plafond d'une pure merveille. A caisson, de style italien il
date de 1525. Si cette petite pièce renferme également
quelques tableaux, elle offre aussi une vue imprenable
sur le jardin de Diane et le Cher.
Et nous voilà, grâce à un petit passage, arrivés
à la galerie. Construite en 1576 elle
a une longueur de 60 m pour une largeur de 6. Elle est éclairée
par 18 fenêtres et repose sur le Cher ! A chaque extrémité,
une cheminée Renaissance. Elle a un plafond à solives
apparentes et son sol est de tuffeau et d'ardoises. Nous avons là,
une magnifique salle de bal ! Pour la petite histoire, cette galerie
jouera un rôle important pendant les deux dernières guerres
mondiales. A la première, elle servit d'hôpital, à
la seconde elle entra dans la résistance ! En effet, car si l'entrée
du château était en zone occupée, la porte sud de
la galerie était en zone libre ! vous imaginez la suite...
Passons
maintenant par le vestibule avec ses voûtes
d'ogives. Placé à l'une de ses extrémités,
vous aurez une perspective des plus éblouissante. Il fut réalisé
en 1515 et il est précisé que c'est "un des plus
beaux exemples de la sculpture décorative de la Renaissance Française'',
on le croit facilement tellement la vue d'ensemble se veut agréable.
Nous voilà maintenant arrivés aux cuisines,
installées dans les soubassements. Nous avons l'office avec sa
cheminée qui est la plus grande du château, la salle à
manger du personnel, la boucherie, le garde manger et la cuisine. Bassines
et casseroles en cuivre y rivalisent de brillance ! les crochets et
les billots attendent le gibier, le four son pain et il faudrait presque
rien pour que tout cela reprenne vie ! quant à l'équipement
"moderne'' que l'on peut y voir, il fut installé pendant
la première guerre mondiale. haut
de page
Mais avant de continuer
notre visite je voudrais ouvrir une parenthèse, pour parler de
la floraison
du château. Nous ne traversons pas une salle, pas un vestibule,
sans que ceux-ci ne soient ornés d'une composition florale. A
Chenonceau les fleuristes continuent à être des artistes.
A chaque bouquet découvert au détours d'une pièce
c'est un chef d'oeuvre fleuri que nous offre Chenonceau. Ici, on a fait
entrer l'art au château par la porte du jardin. Feuilles, fleurs,
couleurs, senteurs, Chenonceaux s'habille de tous les parfums et perpétue
ainsi la note d'élégance et la touche féminine
qui ont toujours existé dans ce château de femmes. Deux
fois par semaine ces bouquets sont renouvelés de fleurs fraîches
et ils rendent, par leur originalité, la visite du château
encore plus agréable.
C'est
pourquoi, nous nous empressons de la continuer avec la
chambre de François Ier, la pièce possède
de nombreux tableaux de maîtres dont un portrait de Diane de Poitiers
en Diane chasseresse, il fut peint à Chenonceau en 1586. Mais
la chambre a aussi un très beau mobilier dont un cabinet italien
incrusté de nacre et d'ivoire, gravé à la plume,
du XVI, il s'agit là d'un cadeau de mariage fait à François
II et Marie-Stuart. Il ne faudra pas oublier
de contempler la cheminée, l'une des plus belles de la Renaissance.
Comme
Louis XIV fit une visite à Chenonceau en 1650 un salon porte
son nom. Ce salon Louis XIV montre bien évidemment
un portrait du Roi, mais aussi de nombreux autres portraits, comme celui
de Madame Dupin, propriétaire du château au XVIII, ou encore
Philippe V Roi d'Espagne. Là encore un beau plafond à
solives apparentes et une cheminée Renaissance joliment ouvragée
et représentant l'emblème de François Ier et de
Claude de France, la salamandre et l'hermine. haut
de page
Nous atteignons
maintenant le premier étage par un escalier de
style italien avec un plafond à caissons, il nous conduit
à un vestibule pavé de carreaux de terre cuite, fleurdelisés
et aux murs couverts de tapisseries d'Audenarde du XVII représentant
des scènes de chasse. Une chambre nous accueille à cet
étage, la chambre des cinq Reines,
pourquoi ce nom? en fait il a été donné en souvenir
des 2 filles et des 3 belles filles de Catherine de Medicis : La Reine
Margot que tout le monde connaît, Elisabeth de France qui épousa
le Roi d'Espagne Philippe II, Maire-Stuart épouse de François
II, Elisabeth d'Autriche qui épousa Charles III et Louise de
Lorraine épouse d'Henri III (voilà
pour la petite leçon d'histoire...). Le plafond à caissons
est splendide, du XVIème, il représente les armoiries
de ces 5 Reines. Sur les murs, des tapisseries des Flandres du XVIème
siècle. Nous y trouvons un beau mobilier dont un coffre de voyage
clouté et un lit à baldaquin. A remarquer aussi une étude
de Rubens "L'Adoration des mages''. La chambre de
Catherine de Medicis est la suivante. Là encore
des tapisseries des Flandres du XVIème toujours, un beau mobilier
sculpté et un sol de tomettes Renaissance, à noter aussi,
une belle cheminée (elles sont toutes remarquables à Chenonceau
!). Suit, le Cabinet des Estampes avec une
très belles collections de gravures et de dessins sur le château
de Chenonceau, allant de 1560 au XIXème.
Un bel éventail de l'histoire du lieu par le dessin. II est d'ailleurs
amusant de les étudier et de voir l'évolution du lieu.
La chambre de César de Vendôme
qui suit, nous montre un plafond exceptionnel, à solives apparentes,
une fenêtre encadrée de deux caryatides de bois du XVIIème,
des tapisseries de Bruxelles de la même époque, un lit
à baldaquin, une cheminée Renaissance, mais peinte au
XIXème et un Murillo. Une chambre tout simplement magnifique.
César de Vendôme, fils d'Henri IV et de la belle Gabrielle
d'Estrées, était le propriétaire du château
en 1624. Alors évidemment, tout à côté nous
avons la chambre de Gabrielle d'Estrées.
Elle possède des tapisseries très rares dites "les
mois Lucas'' et aussi un beau mobilier. Et
nous arrivons à la chambre la plus triste, lachambre de Louise de Lorraine. Veuve d'Henri
II elle consacre le reste de sa vie à la prière, tendue
de noir, sa chambre est celle de la douleur et du deuil. Elle se fera
entourer de religieuses et Chenonceau deviendra pendant un temps "un
couvent". Mais laissons l'image de la tristesse derrière
nous. Chenonceau était avant tout un endroit où l'on aimait
faire la fête. Chenonceau a été et reste un château
flamboyant et c'est pour en profiter encore plus, que nous rejoignons
maintenant les jardins. haut de
page
Deux
jardins exceptionnels encadrent le château de Chenonceau,
tout deux créés pas des femmes qui surent porter le raffinement,
jusqu'à en faire deux théâtres de verdures parsemés
d'essences rares. Le premier jardin à droite est celui de Diane
de Poitiers, avec son jet d'eau, ses rosiers grimpants
Iceberg, 8 triangles de gazon le tout sur une surface de 12000 m²,
des arbustes aux variétés multiples et des plates-bandes
que l'on plante deux fois par an avec à
chaque fois plus de 30000 plants utilisés ! A gauche, celui de
Catherine
de Medicis, 5500m², avec son bassin de 15m de diamètre,
40 boules de buis, 200 rosiers tige "The Fairy'', 1800 pieds de
lavande "Hidcote blue'', et là aussi des plates-bandes plantées
deux fois par an avec à chaque fois l'utilisation de plus de
10000 plants. De quoi rendre ces jardins somptueux, à l'image
de ce château. Mais la découverte de Chenonceau ne s'arrête
pas là. Vous pouvez aussi vous "perdre''
dans son labyrinthe dessiné suivant
un plan italien de 1720,
planté de 2000 ifs, vous promenez dans le parc de
70ha ou bien encore visiter son musée
de cire où sont représentées les
belles dames qui ont fait de Chenonceau, le splendide château
qu'il est aujourd'hui. Il a été aménagé
dans les anciennes écuries royales du château et représente
chacune d'elle dans de petites saynettes, nous replongeant dans la vie
quotidienne et l'art de vivre à Chenonceau. Un endroit extrêmement
ludique et charmant. Une belle évocation de la mode du XVIème
siècle avec une belle représentation d'étoffes,
velours, soie, brocards, damas et autres.
Chenonceau est incontestablement un château
qui prend au coeur, et aussitôt le chemin du retour pris, il ne
reste qu'une envie, celle d'y revenir très vite. haut
de page
Remerciements : nous
tenons à remercier le château de Chenonceau pour nous avoir
permis cette magnifique visite et un grand grand merci à son
personnel, qui sait montré d'une grande gentillesse.